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January 09

Les z'archives incomplètes... (1)

 
 
 

9 mois

(aka La Marquise)

 

Version expurgée, parce qu'il manque les photos

que je ne retrouve plus et les derniers chapitres

que je ne retrouve pas davantage.

 

Noir c'est bien,

mais rouge ça va aussi

 

Roman (?)

 

Les tattoos au frigo dans l'immédiat, je reprendrai... oh... un jour prochain. Je crois vous avoir expliqué pourquoi.

 Du coup je me suis dit...

"Eh bien ? Page blanche ? Pause ? Poèmes ? Odelettes et sornettes ? Histoires à dormir debout ou... pourquoi pas un roman ?"

"roman", le mot est lâché...

Tiens ! Je peux vous citer, vous que j'aimerais tant lire un jour ? Daria...? Tût-tût...?

D'autres encore...

Vous avez un roman qui sommeille en vous.

Pas moi. C'est quand même une vache de différence.

Moi... n'ayons pas peur des mots: ma vie est un roman depuis... depuis le jour ou la nuit où... heu... il doit y avoir soixante ans - à un jour près - mon papa a fait une politesse à ma maman.

Zut ! Y avait une desperate housewife à la maison et y avait pas Desperate Housewives à la télé... 

Je ne vais pas vous raconter ma vie (quel ennui, pour celles et ceux qui ne l'ont pas vécue !), non... rassurez-vous.

Pendant 9 mois, je vous promets juste de déconner grave jusqu'à mes 60 piges, le 25 juillet 2007.

Comme ça, hein, on a tout le temps nécessaire pour trouver un nom pour le bébé.

 

 


Chapitre 1

 

La marquise sortit à cinq heures…

 

Le ciel était d'un bleu indécent,

Les arbres rivalisaient de couleurs,

Les quelques nuages qui passaient là-haut étaient presque aveuglants,

gorgés qu'ils étaient de soleil ...

 

C'était l'automne dans toute sa splendeur ...

 

Si vous allez dans les commentaires, vous pourrez constater que l'inamoviblement délicieuse Tût-tût a écrit, avec cet enthousiasme juvénile qui est le sien et qui fait tout son charme, les premières lignes du chef-d'oeuvre impérissable qui est en train de naître sous vos yeux ébahis. J'ai juste corrigé la conjugaison. Elle est une femme du présent, je suis un homme du passé. Rien n'est parfait. Donc imparfait.

 

Mais où allait-elle ? 

 

Elle pose ensuite cette question à laquelle je ne saurais répondre (puisque je n'ai pas encore écrit la suite), mais -  là encore une contribution de cette merveilleuse jeunesse optimiste et désopilante ! - Ev' nous apprend que...

 

Tout va très bien, Madame la...

 

Alors maintenant, je peux compléter...

 

Elle portait ses talons-aiguilles des grands jours et ses bas à coutures des grandes nuits.

 

Non, d'abord faut que je vous explique…

 

C'est au début des années 60 que j'ai compris toute la difficulté d'écrire un roman, en voyant un film de Vadim avec Brigitte Bardot et Robert Hossein.

"Le Repos du guerrier", il s'appelait, ce film. Pfff… c'est vieux ! Vous étiez même pas encore envisagés ni prévus, les jeunes !

Robert Hossein jouait le rôle d'un paumé un poil mytho recueilli par la gentille B.B. Il se prétendait écrivain et était arrivé à lui faire gober qu'il était en train d'écrire le roman du siècle. Follement éprise, la délicieuse jeune fille de bonne famille qu'elle interprétait avec ses talents internationalement reconnus (ouais, ceux-là… on va pas lui décerner un César pour ça, hein !? elle a été battue à plates coutures par Sharon Stone, Angela Jolie et quelques autres, depuis…) lui préparait des petits plats, s'inquiétait de l'état de son confort, de l'avancement du roman, passait l'aspi toute nue… des trucs drôlement coquins, à l'époque, et lui… il tapait comme un sourd sur sa machine à écrire chaque fois qu'elle le regardait. "Pfff… je bosse… c'est dur, la page blanche…", qu'il lui disait en vérifiant qu'elle passait bien l'aspi partout dans les coins.

Moi, sur mon strapontin, avec ma fausse barbe (le film était interdit aux moins de 18 ans…), je me disais "Ah ben ouais, ça doit être vachement difficile de se concentrer, quand B.B. elle passe l'aspi, dis donc…".

A un moment donné, dans le film, Jeanne (je crois bien que le personnage de B.B. s'appelait Jeanne), piquée par la curiosité, fouille un peu dans le tas de pages dactylographiées (ça veut dire "tapées à la machine" pour ceusses qui ont jamais rien connu d'autre qu'une imprimante) et s'aperçoit que l'écrivain de génie la mène en bateau depuis le début: sur chaque page, il y a rien écrit d'autre que…

 

La marquise sortit à cinq heures… 

 

Franchement, si la B.B. de l'époque était en train de passer l'aspi toute nue chez moi en ce moment, ben j'aurais même pas l'idée d'un alibi aussi sophistiqué. J'écrirais rien du tout. Alors, un roman… tu penses !

 

Mais récapitulons…

 

Pour écrire un roman, il faut donc éviter d'avoir une B.B. (cela dit sans vouloir vous offenser, Madame Bardot !) en train de passer l'aspi.

 

Ha ! Excusez-moi, mais je me sens obligé d'ouvrir une nouvelle petite parenthèse. Dites, les Filles… Vous rendez-vous compte de tout ce que vous devez à Brigitte Bardot ?

Elle vous a libérées à un point qu'il est difficile de décrire…

Beaucoup plus que les lessives qui lavent plus blanc que blanc, les stations de repassage à moteur surcompressé 16 soupapes arbres à cames en tête avec parking intégré au fond du corridor à droite, la lumineuse beauté de votre nouveau fond de teint, les cils sans faux cils, les lingettes démaquillantes, les tampons qui permettent de bronzer en string, les serviettes intimes pour se faire des copines en disco, les déodorants qui tiennent 72 heures, les soupes amincissantes, les céréales qui font faire bran-bran, la semaine de 35 heures au job plus 70 heures à la maison et le droit de vote à Appenzell.

A l'école, on nous apprend que (va falloir que je me gaffe de ne pas nouer dans les imparfaits du subjonctif… punaise!) "Si le nez de Cléopâtre eût été pas le même, la face du monde en eusserait été changée"… eh bien si le cul de Madame Brigitte Bardot aurait été moins clignotant de l'œil, vos culs seraient pas installés dans des fauteuils d'administratrices de sociétés plus ou moins anonymes, dans des sièges de parlements pas portés sur la parité ou dans des fauteuils de sénatrices de sociétés plus ou moins démocratiques, Mesdames (et Mesdemoiselles pour celles qui sont restées vierges quand même ou à peu près) !

Vive Bardot ! Vive BriBri ! C'est elle qui, avec son cul magnifique d'insouciance et d'indépendance, a montré aux femmes le chemin à suivre pour se libérer du joug oppressant des hommes et aux hommes comment penser à des trucs vachement excitants au moment de remplir le devoir conjugal ou le Kleenex sur la table de chevet. En fait, vous êtes des milliones et des millions à être les descendants directs de Brigitte Bardot, et je suis le seul à oser vous le dire.

 

Revenons à la Marquise…

 

La Marquise sortit… Très bien Mais d'où sortait-elle et qu'était-elle allée faire d'où elle sortit ? Sortait-elle de chez elle ? De chez une copine ? De chez le boucher ? De chez son amant ?

 

L'inspecteur Arnaud Gradubide (vous avez remarqué avec quelle finesse j'introduis un nouveau personnage, là ? Alors que vous ne savez même pas – et moi non plus – qui est la Marquise ?)

se perdait en conjectures en se grattant le crâne. Tout ce qu'il savait, c'est qu'elle avait mis ses talons-aiguilles des grands jours et ses bas à coutures des grandes nuits. Qu'allait-elle encore lui réserver comme surprises ? Son œil exercé de vieux briscard des Mœurs lui permit de repérer facilement des traces de pas dans le ciment tout frais du trottoir. Il sortit un Q-tip de sa poche revolver en prenant soin de ne pas armer le chien de son Colt 45 (qui, comme chacun sait, est un automatique et n'a donc rien à faire dans une poche revolver) et entreprit de récolter une trace d'ADN des talons-aiguilles. Il avait vu les Experts à l'œuvre et demanda poliment à l'empreinte "Ouvrez la bouche, s'il vous plaît…". C'était une toute petite empreinte – une empreinte de talon-aiguille, vous pensez bien… - et elle rougit de confusion.

 

Laissons-là un instant cette rougissante empreinte de talon-aiguille et envions un long moment nos amis américains d'avoir des flics aussi extraordinairement amoureux de la justice, de la liberté et de tous les moyens scientifiques permettant de démontrer l'innocence ou la culpabilité des suspects. On ne dirait jamais assez que les U.S.A. sont le pays de la Justice et de la Liberté, et que toutes les dindes du Thanksgiving m'étouffent si je n'énonce pas là une vérité vraiment vraie !

Problème quand même: ils sont un peu lents, les Experts… Il y a en ce moment même quelque 5'000 condamnés à mort qui attendent les résultats de leur test ADN, le temps réel d'éclosion des œufs de mouches bzzz-bzzz trouvés dans la serrure du téléphone portable utilisé par le tueur en série, la composition chimique des traces de rouge à lèvres découvertes sur le caleçon du mari de la bonne portoricaine assassinée, l'origine du couteau qui servit à découper le steak du chauffeur tué à bout portant par une balle de 9 mm chinoise fabriquée dans le sud de l'Italie ou quelque preuve irréfutable susceptible de les innocenter. Il paraît… mais cela dit avec toute la prudence qui s'impose… il paraît qu'il y aurait parmi eux des innocents qui n'auraient pas la chance d'avoir la bonne couleur de peau ou un portefeuille assez garni pour payer un avocat capable de comprendre le mot "Justice" mieux que le mot "dollars"…

Rah la la… ce que je peux être mauvais esprit… Le pire, tenez-vous bien, c'est que j'adore l'Amérique et les Américains ! Si ! Si ! Non-non Tût-tut, pas seulement les Californiennes bronzées et siliconées de Malibu (quoique… un crawl avec Gena Lee Nolin même dans une piscine sans eau… hmmm… pfou ! non ! c'est plus de mon âge !). Enfant du directement juste après la 2ème Guerre (lire: la deuxième, pas la seconde parce que depuis…), j'ai été élevé dans l'amour du Stars and Stripes, symbole de liberté tous azimuts. Mais voilà-voilà-voilà… Depuis, il y a eu la Baie des Cochons, le Vietnam, des broutilles au Laos et au Cambodge, des trucs pas nets dans les républiques bananières, une opération tellement merdique en Iran que la Constitution américaine devrait interdire aux planteurs de cacahuètes de faire autre chose que récolter des cacahuètes, une première Tempête du Désert dont personne n'a vraiment compris l'issue, des choses étonnamment pas nettes pourtant devant les caméras et les projos de CNN en Somalie, encore quelques broutilles un peu partout sur la planète, une nouvelle Tempête du Désert par le fiston de celui qui avait loupé la première (comment ? elle s'appelle pas comme ça ? ah bon ? vous savez… on finit par plus s'y retrouver, dans ces histoires ensablées…) et lui, alors lui, le petit dernier, question désamour avec le Stars and Stripes… en ce qui me concerne moi tout seul et personne d'autre, il a pas fait dans la dentelle. Il m'a carrément rendu anti-américaniste primaire. Lui tout seul, sans l'aide de personne. Vous comprenez… Quant on veut me faire croire que Saddam Hussein est le frère jumeau de Ben Laden et qu'ils sont donc de la même famille… je regimbe. Quand on envoie un général discipliné et loyal, et tout à fait honorable (je parle sérieusement !) au feu devant l'ONU pour lui faire dire on a la preuve que Saddam a des armes de destruction massive – quoi ? la preuve ? On a des copies de toutes les factures ! – … mes gènes d'ancien soldat se mutinent. Quand je lis dans les gazettes que la firme que dirigeait le vice-président avant de devenir vice-président a fait deux milliards de dollars de chiffres d'affaires en Irak juste après l'invasion… je me mets à faire de douteuses associations d'idées. Quand je sais que Ben Laden court toujours – putain ! mais que font les Experts et les satellites, hein !? – et que sous le règne pourtant sansguinaire de Saddam, il n'y avait pas de conflits interreligieux ni de voitures piégées qui font en moyenne une cinquantaine de victimes par jour, sans compter les jeunes Marines pas encore tout à fait U.S. qui sont au casse-pipe juste pour pouvoir déposer leur demande de passeport U.S.A. s'ils reviennent entiers… je me dis… je me dis… ben ouais, j'ai mauvais esprit, voilà. Et pourtant j'aime toujours autant l'idée que j'ai de l'Amérique et des Américains, j'aime la chanson Stars and Stripes paroles et musique, je me mets automatiquement au garde-à-vous la main droite sur le cœur quand je l'entends, j'aime l'enivrant et merveilleux parfum de liberté que je sens encore et toujours à l'ombre bienveillante de la bannière étoilée, mais là je trouve franchement que l'Américain qui chante l'hymne un peu trop fort et un poil faux au premier rang devrait changer de chaussettes…

 

A l'époque de cette deuxième invasion de l'Irak, à défaut d'être français autrement que de cœur, j'étais vachement fier d'être francophone et francophile. Jacques Chirac et Dominique de Villepin, quelle classe ! Quel courage politique ! Ils ont tenu bon devant les aigreurs, les dépits, les insultes et les menaces américaines, et devant les coups bas des quelques coalisés européens. Quand j'y repense… je frémis ! Des mesures de rétorsion d'une violence inouïe… Ces cons sont allés jusqu'à rebaptiser les pommes-frites ! Non mais vous vous rendez compte !? Vos frites, mes frites, nos pommes-frites à nous transformées en Liberty Fries…!!!??? Lafayette devait se retourner dans sa tombe…

 

Bon-bon-bon-d'accord-d'accord-d'accord… on revient à la Marquise. Je sens comme une impatience chez mon public féminin chéri que j'aime et que j'adore… J'écris pour moi tout seul rien que pour le plaisir", c'est des conneries de branleurs. J'écris pour vous, Madame, Mademoiselle, Miss… (pour vous aussi, Monsieur, mais ne le dites pas à votre Madame ni à votre copine) parce que la vie sans vos rires et vos sourires, ce serait comme la Provence sans herbes, Paris sans Folies Bergères, Londres sans brouillard, New York sans la Statue de la Liberté, St. Tropez sans la Madrague, L'Arc-de-Triomphe sans triomphes, ma télé sans télécommande, mon clavier sans souris, la rue des Pâquis sans pâquerettes ou… je m'égare, là je crois. 

 

Question extrêment importante: comment était habillée (ou déshabillable) la Marquise ? Nous l'avons vu, public majeur et averti, elle portait ses talons-aiguilles des grands jours et ses bas à coutures des grandes nuits. Maintenant, Madame, Mademoiselle, Miss… je vous mets au défi de descendre dans la rue à cinq heures sans porter autre chose. D'abord, vous péleriez de froid. Ensuite, une voiture de police arriverait toutes sirènes hurlantes et deux flics libidineux en jailliraient soit pour vous verbaliser, soit pour appeler une ambulance à la rescousse. Ce qui donnerait une seconde sirène hurlante. Or, les séries B de télévision américaine ont depuis fort longtemps démontré que, dans le scénar, c'est la meuf (blonde, en principe) qui doit hurler, pas les sirènes. Je m'égare de nouveau…

 

Rapide inventaire: en plus de ses talons-aiguilles et de ses bas à coutures, la Marquise portait un porte-jarretelles noir, un string noir, un soutif noir, un ensemble jupe et chemisier noir, un ample manteau noir, un sac à main noir, des gants noir, des faux-cils noirs et ses lèvres rouge carmin tachaient tout cet ensemble d'une vive note érotique, comme un feu rouge bloquant un long cortège funèbre de capo mafioso.

 

Et son sac ? "Que contenait son sac ?"… te demandes-tu avec curiosité, public haletant…

La Marquise y avait jeté en vrac un poudrier noir, un tube de rouge à lèvres noir, un stylo noir, un chéquier noir, un porte-monnaie noir, un portefeuille noir, une carte de l'Afrique noire, des lunettes noires et – tranchant sur tout ce noir – l'Encyclopédie Larousse illustrée en 20 volumes, le catalogue des Trois-Suisses, un Bon de réduction de la Redoute, une pochette de protège-slips 7ème Ciel Airways, des chewing-gums Cinecitta, un paquet de cigarettes dont je ne citerais la marque que si des royalties me sont garantis, un briquet jetable d'une vulgarité telle que je ne nommerais le fabricant que s'il me paie très, très cher, un ours en peluche, un couteau à pain, des boules Quiès, deux bigoudis, un fer à repasser, un taille-crayons, une lime à ongles, un ticket de métro et quelques autres babioles.

 

Et où allait-elle ?

 

Ben chez son amant, bien sûr. Réfléchissez deux secondes, voyons ! Si j'écris "La Marquise sortit…" sans plus de précision, c'est qu'elle ne rentrait pas. Et d'une. Si elle ne rentrait pas et qu'elle sortait, c'est basiquement pour faire comprendre que "sortant", elle s'était pomponnée et poudré le derrière. Or, avez-vous déjà vu une femme élégante et vêtue comme nous venons de le lire (je l'ai lu en même temps que vous, au fur et à mesure que j'écrivais) se rendre chez son mari ? Non, n'est-ce pas ? Et dans ce dernier cas, elle ne se serait pas poudré le derrière, de toutes façons. Soyons logiques. Et de deux. Si elle va chez son amant, cela me permet de faire intervenir un troisième personnage. Et de trois.

 

Et que pensait la Marquise pendant tout ce temps-là ?

 

"Putain ! Voilà bien les hommes ! M'obliger à porter ce string qui me rentre dans la raie des fesses et ce porte-jarettelles qui me scie le haut des cuisses… tous des obsédés et des salauds !"

 

Voilà ce que pensait la Marquise pendant que le choc ondulatoire de son derrière glissant façon tango sur le trottoir du haut de deux talons-aiguilles de quinze centimètres au moins provoquait des carambolages à la chaîne. Les carrossiers allaient faire de superbes affaires grâce à cette dame superbement carrossée.

Vingt-six collisions frontales, quatorze collisions antério-postérieures (je ne sais à vrai dire pas si c'est le terme exact: mais j'entends par-là quand une voiture enfonce à grand bruit son avant dans le derrière de celle qui la précède sans vaseline), trente-huit réverbères, six cyclistes éparpillés, soixantes-huit sorties de routes de scootéristes et une de motard (c'était pas un vrai motard), huit bus et deux trams détournés, cinquante-deux yorkshire-terriers écrasés et quelques érections intempestives plus tard, la Marquise s'arrêta devant l'entrée de l'hôtel particulier de son amant. Cet hôtel avait en effet ceci de particulier que le concierge n'acceptait aucune carte de crédit et qu'il fallait payer cash à l'avance.

"En tous cas, il ne pourra pas prétendre que je ne l'ai pas averti…", se dit-elle avec une tendresse mêlée d'émotions diverses. Elle lui avait, précisons-le, envoyé un programme des festivités par courrier A avant de se poudrer le derrière, lui signalant même une spécialité particulièrement bonne en page 2.

 

D'un pas aussi assuré que peut l'être un pas quand le pied est chaussé d'un talon-aiguille, la Marquise se dirigea vers l'ascenseur après avoir franchi l'entrée, salué le concierge de façon condescendante, serré la main des gardes de sécurité, donné discrètement le numéro de portable de sa meilleure amie à un banquier qui traînait dans la cage d'escalier, fait quelques sourires aux nombreuses caméras de surveillance, chaussé négligemment ses lunettes noires devant la meute de photographes de la presse People qui campaient devant la porte de l'ascenseur et rajusté un bas pour leur assurer de meilleures ventes. Après avoir appuyé sur le bouton du 42ème étage, elle se repoudra le derrière en vitesse, affola une mèche rebelle qui avait une fâcheuse tendance à s'accrocher à l'un de ses faux-cils, sortit un miroir de maquillage à éclairage indirect de la poche de son ample manteau noir et entreprit de retoucher le dessin net et précis de ses lèvres carmin à l'aide d'un pinceau japonais. Elle trouva encore juste le temps, entre le 29ème et le 35ème étage, de se pschitpschitter les dessous de bras et le nombril (et aussi un autre endroit que le décence m'interdit de citer) avec un petit vaporisateur de voyage fleurant La Fête à Alfred. Entre le 36ème et le 41ème étage, elle se mira sous tous les angles dans les grands miroirs de l'ascenseur, s'assurant que chaque millimètre carré de sa troublante personner troublerait son amant. Satisfaite du résultat, elle en sortit enfin dès l'ouverture automatique des portes, après qu'une voix de synthèse eut annoncé d'un ton monocorde dans les hauts-parleurs du plafond "Qué ch'est lé quanrante-doujième étajé y qué Madame la Marquesa elle pou deschendre y faire la fête à Alfrède".

 

Public galvanisé et néanmoins pas toujours averti des choses de la vie, c'est maintenant le moment d'envoyer les enfants se coucher, d'aller faire pipi, de préparer une infusion ou un café, d'ouvrir un nouveau paquet de chips et de déglutir d'émotion en attendant la suite.

 

Alfred attendait impatiemment la Marquise, debout sur un tabouret Louis-Philippe, guettant son arrivée par le judas. Depuis qu'il avait vu le programme des festivités, il ne tenait plus en place. C'était un bel homme aux traits fins et réguliers, les cheveux savamment gominés avec un accroche-cœur scotché sur la partie gauche du lobe occipital droit, des yeux veloutés de danseur de tango argentin, une fine moustache de séducteur aux poils soigneusement épilés sous un nez légèrement aquilin, un menton prognathe, un cou de poulet dépassant d'une chemise en nylon No iron fermée par une cravate Gouchi, elle-même recouverte d'une veste d'intérieur à motifs japonais représentant le yin en train de se taper le yang et réciproquement, des jambes fermes et musclées de danseur de twist tropézien habillées d'un pantalon en véritable tergal infroissable, les pieds chaussés de mules à pompons elles-mêmes posées, comme nous l'avons vu, sur un tabouret Louis-Philippe.

 

Quand il apperçut ("apperçut" avec deux "p", car il regardait à travers le judas alternativement avec l'œil gauche et l'œil droit) la Marquise ainsi préparée, son cœur ne fit qu'un bond et son testicule droit donna une grande claque dans le dos de son testicule gauche, provoquant ainsi une vive douleur au niveau du bas-ventre. Il descendit vivement du tabouret et le rangea précipitamment dans le porte-parapluies.

 

La Marquise appuya sur la sonnette d'un geste gai et léger. "Coucou c'est moi!" fit la sonnerie.

Alfred s'empressa d'ouvrir la porte d'entrée et accueillit la Marquise avec empressement (ben soyons logiques, non ?).

 

"Ah Ghyslayne ! (je ne vous l'avait pas dit, mais la Marquise, j'ai décidé unilatéralement qu'elle se prénomme Ghyslayne avec deux "y" – ça fait plus riche – et qu'on la surnomme "Gee" dans les moments intimes), Ghyslayne ! Que vous êtes belle ! que vous êtes magnifique ! que vous êtes terrific ! que vous êtes… tournez-vous que je vous voie… que je vous voie…", Alfred s'empêtrait dans les compliments. De bonne grâce, la Marquise esquissa quelques pas de danse et lui offrit en prime le tableau final de "Casse-noisettes". Alfred en était tout congestionné de désirs anticipés. "Ghyslayne ! ma Ghyslayne adorée ! ma Ghyslayne aimée ! j'ai une folle envie de vous saddamiser !" ne put-il s'empêcher de lui murmurer dans le creux de l'oreille après qu'elle eut fait la révérence finale. "Ah non ! Ah ça alors non !", protesta avec véhémence la Marquise, "je n'ai aucune envie de ces trucs pervers importés du Nouveau Monde… on ne sait jamais lequel des deux encule l'autre, d'abord ! Faisons cela en être civilisés, voulez-vous ?". Alfred se dépêcha d'aller chercher une tenue de missionnaire pour satisfaire son exigeante maîtresse.

 

(A suivre...) 

 

Les z'archives incomplètes... (2)

 

Chapitre 2

 

 

"Je vais me faire bouffer ! Je vais me faire bouffer !", s'excitait Alfred en enfilant ses pantalons bouffants à la Tintin par-dessus ses caleçons longs, ses fixe-chaussettes et ses chaussettes de brousse. Il enfila ensuite sa vareuse en toile kaki et coiffa son casque colonial. L'effet était ma foi fort réussi. L'ensemble lui donnait ce look d'aventurier missionnaire à l'ancienne, prêt à convertir toutes les négresses qui se présenteraient devant son improbable hutte avant de se faire inévitablement manger par les autres indigènes réticents aux bienfaits de la civilisation, puis de donner son nom à une rue quelconque de sa ville natale par la Patrie reconnaissante.

 

"Je suis prêt grande sauvage !", lança-t-il à la Marquise après avoir fixé ses bandes molletières avec des épingles de nourrice.

 

La Marquise lui jeta un œil admiratif et connaisseur. Dans cette tenue, la position du missionnaire était un vrai délice. "Ah Alfred, mon ami, je vous reconnais bien là… prévenant comme toujours… A vous voir ainsi, j'en ai le string amovible en polyamide stretch tout humide…", s'étrangla-t-elle. "Venez ! Venez ! Ne me faites point languir plus longtemps ! Allumez le feu sous la grose marmite, je vous attacherai ensuite au poteau de cérémonie !".

Alfred, la bouche gourmande, mit le feu à quelques brindilles disposée sous la grosse marmite de missionnaire, prêt à passer à la casserole. "Elle va me bouffer ! Elle va me bouffer !", ne cessait-il de se réjouir.

 

C'est à ce moment précis que la bonne entra au salon et s'arrêta devant ce spectacle incongru. "Monsieur est-il devenu taré ou lui manque-t-il un fusible ?", s'inquiéta-t-elle. Elle n'avait même pas remarqué la Marquise qui était en train d'extraire un soufflet de forge de son petit sac noir.

 

"Votre bonne est d'un vulgaire, mon ami !" s'exclama la Marquise. Marie tourna vers elle son regard malicieux, son bonnet blanc, son petit tablier blanc, son décolleté pigeonnant et ses arguments 95D, faisant par-là même tournoyer un gagne-pain qu'elle avait hérité de sa grand-mère et dont elle était très fière. En effet, ce trésor familial avait jadis servi de modèle (et aussi d'oreiller, de bouillotte, de fourre-tout, d'assouplisseur, d'aspirateur, de brasero, de rince-doigts, de bocal à cornichons… je m'égare une fois de plus) à Henri de Toulouse-Lautrec. Fille naturelle de la fille naturelle que sa grand-mère avait eue avec un Académicien, sa propre mère l'ayant quant à elle eue avec un zouave qu'elle avait trouvé dans la culotte de sa sœur, Marie avait aussi hérité d'une syntaxe et d'une grammaire assez approximatives. "Oh ? Madame la Marquise est là ? Encore eut-il fallu que je le susse !", s'écria-t-elle comme pour s'excuser.

 

"Oh !", fit la Marquise. "Heu…", fit Alfred. "Ben quoi ?", fit Marie ajoutant "Si je ne le sussat point, comment voulez-vous que je le sacha ?"

 

Alfred fut le premier à réagir et lui intima "Cela ira, cela ira, ma fille… allez donc voir à la cuisine si nous y sommes…". Marie, l'air penaud, se retira en râlant ferme "C'est toujours la même chose… on ne me dit jamais rien à moi, ici… et après on s'étonne que j'écoute aux portes…". La Marquise se contenta de la foudroyer du regard et siffla un vengeur "Ecouter aux portes… je croyais pourtant que c'était le privilège d'Albert, votre maître d'hôtel…" à l'intention de son amant. Marie qui avait entendu la remarque ne put s'empêcher de commenter "Ah non… Albert ne sut ça pas non plus !" en sortant.

 

Alfred ne savait pas très bien sur quel pied danser. Sa maîtresse lui avait promis par téléphone qu'elle le ferait aller et revenir aux petits oignons, que si son excellente éducation assurée jadis par des Ursulines anglaises de la vieille école victorienne ne s'y opposait formellement elle le mangerait tout cru, qu'elle le ferait passer à la casserole comme un pote au feu et qu'elle lui ferait découvrir toutes les merveilles du 6ème Continent… Alors l'Afrique, les missionnaires et les ouailles cannibales, vous pensez bien, c'était juste des préliminaires… Il avait tellement fantasmé sur ce qui l'attendait… sur ce que la belle Marquise lui réservait… D'un autre côté, il ne pouvait se résoudre à renvoyer la bonne. Marie lui avait été recommandée par un descendant directement naturel du vicomte de Toulouse-Lautrec, la petite lui avait par ailleurs présenté des lettres de recommandation signées des plus illustres noms de la République – rien que des gens de bien ayant connu de sérieux problèmes cardiaques après la mise en vente libre d'une certaine petite pastille bleue sur internet – et il était vrai qu'elle suçait admirablement, même si elle ne savait pas très bien choisir les moments adéquats. Il eut fallu qu'elle sût ça. Mais enfin… On connaît bien le problème… Trouver du personnel de maison qualifié, de nos jours… Oh ne prenez donc pas cet air outré, Madame ! Evidemment qu'Alfred demandait à sa bonne de lui faire des gâteries ! Qu'imaginiez-vous donc ? Avant 20 ans et après 40 ans, tout homme distingué et bien élevé se doit – quand il a moins de 20 ans – de mieux connaître les us et coutumes des classes populaires qui ouvriront un compte dans sa banque ou voteront pour lui s'il lui prend un jour la fantaisie de se faire élire député ou président de la République, et - quand il en a plus de 40 – de démontrer ainsi à quoi tendent ses idées démocratiques et son goût aristocratique pour le travail, même manuel, bien fait. Attendez… excusez-moi un instant… Non pas maintenant, vous voyez bien que je suis en train d'écrire, Marie… voyons !  

Où en étais-je ? Ah oui… Je vous ferais encore observer, Madame, que nos cousins américains sont très friands de bonnes françaises à l'ancienne. Il vous suffit de consulter les maisons anglo-saxonnes spécialisées dans la vente par correspondance pour vous en assurer.

 

Cela dit et avec une pensée émue pour Marilyn Monroe qui fit plus pour les exercices d'un Président des USA en exercice que n'importe quelle stagiaire (nous en reparlerons sans doute…), revenons à la Marquise. A l'aide du soufflet de forge, elle anima un feu joyeux et coquin sous la marmite, y jeta quelques petits oignons émincés qu'elle avait prestement sortis de son petit sac et remua le tout en ajoutant quelques herbes de province (elle avait en effet un petit bien dans l'Yonne hérité d'une vague grand-mère haïtienne où elle accouplait des oignons et des oignonnes, cultivait des plantes médicinales et pratiquait le veau doux). "Alfred ! Au pied ! Non, pas le mien, abruti ! Au pied de la marmite, voyons !", ordonna-t-elle. Son amant ne se le fit pas dire deux fois. L'instant d'après, il se mit au garde-à-vous devant la marmite, la hampe au vent, fredonnant l'hymne national de la République Démocratique du Congo bien connu des banquiers privés suisses. Ses mules à pompons firent un Plof! mou et onctueux quand il claqua les talons. "Vous chantez ? J'en suis fort aise…", lui murmura la Marquise et, le plongeant dans le court-bouillon, ajouta sel et poivre, et "Eh bien marinez, maintenant…". Alfred n'en pouvait plus de plaisir… La Marquise le faisait aller et venir, aller et venir, aller et venir aux petits oignons encore mieux qu'elle l'avait promis…  Il en avait les bandes molletières qui s'affaissaient et le casque colonial tout de travers. "Ah Ghyslayne ! Ghyslayne ! C'est un vrai régal ! Ah ! Encore ! Encore ! Je suis à ramasser à la petite cuiller !", s'époumonnait Alfred, rouge de plaisir. La Marquise, amoureuse sophistiquée et efficace, avait retroussé ses bas et relevé son porte-jarretelles pour être plus à l'aise. Quand elle estima le temps de cuisson suffisant, elle sortit Alfred de la marmite et le déglaça au champagne. "Je vous laisse reposer un instant, mon Ami…", s'excusa-t-elle, et je vais en profiter pour effacer une petite ride que tous ces efforts ont fait naître dans mon cou.

Elle sortit illico de la poche extérieure de son string un petit appareil ingénieux qu'elle cachait là et qu'elle utilisait généralement en cachette – pure coquetterie de femme ne voulant pas s'avouer vaincue par les outrages de l'âge - pour effacer les rides qui apparaissaient parfois sur son cou long et gracile.

 

Voyons... voyons... Cette mention anecdotique de la Marquise se préparant à effacer une ride m'a valu nombre de questions, de remarques et d'observations... hmph... même des menaces... les maisons Nive et Aaah!, S. Télodère et d'Iaure me demandent des précisions quant à l'effet réel de cet ingénieux appareil sous peine de poursuites judiciaires pour concurrence déloyale... bien... bien... je vais donc procéder de la façon la plus simple pour répondre à toutes et à tous: en publiant presque in-extenso les connaissances livresques qui sont les miennes sur cet... heu... épineux sujet.  

 

Ne reculant devant aucun sacrifice pour éduquer les masses laborieuses et ignorantes, je suis allé chercher dans les pages jaunies des vieux ouvrages scolaires qui ont fait ma remarquable éducation un livre intitulé "Dans la joie jusqu'au cou" et publié par MM. Gotlib et Alexis en l'an de grâce 1978, donc au siècle passé. J'espère que mes jeunes lectrices et mes jeunes lecteurs non-avertis des choses de la vie apprécieront cet énorme effort pédagogique. Je profite d'ailleurs de l'occasion qui m'est ainsi donnée pour remercier chaleureusement M. Gotlib et le regretté M. Alexis d'avoir ainsi contribué, par le passé, à l'éducation de mes copines et à l'effacement des rides de leurs cous longs et graciles.

 

Toutefois et ceci afin de préserver l'innocence de mes plus jeunes lectrices, je dois préciser que par "in-extenso", j'entends une approche scientifique et didactique de l'opération qui consiste à effacer les rides du cou. Tout de même, n'est-ce pas, alors qu'on voit des gamines mini-jupées et fond-de-teintisées au-delà des normes admises, je ne voudrais en aucun cas être responsable d'une sorte de phénomène de mode qui consisterait, pour elles, à effacer des ridules dont on ne voit même pas le premier sillon. Non mais !

 

 

 

 

Très concentrée, la Marquise effaça posément la petite ride.

On entendit un vague "Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!" pratiquement inaudible pour les voisins des immeubles jouxtant l'hôtel particulier d'Alfred pendant qu'elle procédait à cette délicate opération. Marie, cette chipie, ne put s'empêcher de commenter "Tiens ? On dirait que Madame la Marquise s'est effacée…" à l'intention d'Albert, le maître d'hôtel. Celui-ci écoutait à la porte d'une main, les deux yeux rivés au trou de la serrure. "Ah ben oui ! Ouh la la ! Oh crénom !  Quel effaçage ! Ah ben dis donc ! J'ai pas vu un effaçage comme ça depuis Sharon Stone dans… comment s'appelait ce film ?… ah oui… Basic pic à glace ou quelque chose dans ce genre… quand elle efface son partenaire… ouh la… pourvu que Monsieur… Monsieur ? Avez-vous vu si Monsieur…? Marie ?". Marie, qui en avait vu d'autres, sourit d'un air entendu et coquin. "Monsieur ? Je crois que Monsieur a été réduit à l'état de gomme… à mâcher par Madame la Marquise !", fit-elle. Albert ne comprit pas immédiatement la finesse de cette remarque, car étant très Vieille France il ne connaissait que les gommes à crayon et ignorait que l'on pût suçoter la gomme fixée à l'extrêmité nord de certains modèles brevetés. "Vous voulez dire que…?", s'étonna-t-il. "Ah ben pour ce qui est de le gommer, elle l'a proprement gommé, M'sieur Alfred ! Vous n'avez pas entendu ses cris ? On peut dire qu'elle l'a fait revenir aux petits oignons…".

Parfois je me demande où je vais chercher ces métaphores métaphoriques à la noix pour ne pas brouiller l'esprit pur et innocent de mes plus jeunes lectrices. Mais bon… Que faisait Alfred, pendant tout ce temps ? Laissez-moi y réfléchir… Et il ne faut pas non plus oublier l'inspecteur Gradubide… toujours en train de faire des déductions basées sur l'ADN trouvé sur l'empreinte de talon-aiguille laissée par la Marquise…

 

Alfred, nous l'avons vu – et vous l'avez bien retenu, puisque vous avez pris des notes, n'est-ce pas ? – est en train de déglacer. Nous reviendrons donc plus tard voir comment la Marquise va s'y prendre pour… hé ! hé ! "pour"… quoi ? hein ? je ne vous le dis pas, parce que je ne le sais pas non plus.

 

Dès lors, retrouvons notre vieil ami ("vieil" parce que ça fait au moins une semaine que je l'ai complètement oublié…) l'inspecteur Gradubide. Ayant enfilé le Q-tip dans son oreille droite, il enclenche le gyrophare et la sirène de sa bicyclette et se rend à toutes pompes au labo.

Ce qui va suivre est du pur plagiat emprunté aux Experts: vous aurez compris que c'est une série qui me tient en haleine dans ma petite laine au moins une fois par mois.

Remontant le boulevard de Sébastopol, dévalant le boulevard Haussmann, bifurquant sur l'avenue de Friedland, grimpant sur l'Arc-de-Triomphe pour y faire un numéro de VTT acrobatique pour les touristes japonais, sautant en parachute sur l'avenue Foch et planant jusqu'à Issy-les-Moulineaux (hé !? salut ma sublimissime amie Daria !) pour aller prendre le TGV à la Gare de Lyon, il gare son vélo devant la gare – ben tiens ! où sinon ? – éteint la sirène pour que les contractuels ne soient pas attirés par son chant et laisse tourner le gyrophare. "Je viens de changer les piles… il doit bien tenir… oh… oui, il doit bien tenir le temps d'avoir les résultats des analyses ADN sans que ces cons de bœufs-carottes (la Police des polices, pour ceusselles et ceusses qui n'ont pas de vocabulaire) me dressent un procès-verbal pour abandon d'un véhicule de service sur la voie publique…", réfléchit-il.  

Et youpla ! Il saute dans le TGV, se glissant incognito parmi les bagages accompagnés. Déguisé en courant d'air, personne ne le remarque. Sauf… sauf une jeune et accorte demoiselle aux yeux malicieux et rieurs. "Tût-tût!" entend Gradubide quand le chauffeur de loco syndiqué CGT ébranle la loco (j'ai bien écrit "ébranle la loco" sans oublier le "é", petits esprits malveillants et pernicieux !). Il se dit "Tût-tût" ? Ça y est, c'est parti pour Cornavin et le labo de la rue de Berne… J'espère que la blonde est là… ". Mais que non! Que-non-que-non-que-non!, vous affirme-je. Il est à moitié sourd à cause du Q-tip conservé dans une de ses oreilles et confond le signal de l'ébranlement avec ma voix – t'tends voir… qu'est-ce que je vais dire au sujet de ma voix ? – de stentor aphone. C'est en effet moi qui suis monté dans le TGV juste après lui et qui, déguisé en moi-même, fais "Tût-tût! vouzici ? ça alors quelle surprise !". La jeune et accorte demoiselle me fusille du regard et souffle "Chuuuuuuut! Voyons! Vous savez bien que j'exige un anonymat absolu! Vous n'allez tout de même pas croire que je veux faire partie de ce récit profondément débile !?".

Là… alors là elle marque un point, la petite. Mais ça fait rien: elle est dans le TGV et c'est ça l'important.

Gradubide se fond dans le magazine People qu'elle est en train de lire caché dans Le Monde Diplômatic et seul le Q-tip dépassant de la narine droite de Laetitia Hallyday (et encore, sur cette photo-là, elle porte sa deuxième paire d'Afflelou à verres fumés) révèle sa présence.

De mon côté, puisqu'elle l'exige, je fais semblant ne pas connaître Tût-tût. Après lui avoir fait un "Bonjour Monsieur l'Archiprêtre !" bien sonore pour tromper les autres passagers, je m'installe sur ses genoux comme si de rien n'était. "Vous habitez toujours chez vos sœurs ?", lui fais-je, badin, à quoi elle me répond du tic au tac "Oui, mais là, je vais voir ma cousine". Pris au dépourvu par cette répartie cinglante, j'hésite sur la voie à suivre, mais le TGV me sort de l'embarras en prenant celle de droite. "Puisque vous êtes dans les pages icônomiques du Monde, avez-vous remarqué si Kate Moss est à bord ?", me hasarde-je pour détourner la conversation. C'est le Q-tip qui répond: "J'espère bien que non ! Des fois qu'il lui viendrait l'idée de prendre un rail !". Un mouton qui passait par-là par hasard saute sur l'occasion pour se mêler au débat "Hé !? Vous avez lu ? La jolie Angelina dit que Brad pitte au lit !". C'est la consternation générale chez les employées en grève de la SNCF qui s'empressent de se remettre au travail, mettant ainsi un terme à la grève qui nous immobilisait à la hauteur de la Tour Eiffel. Nous mangeâmes alors le mouton de fort bon appétit (il n'avait qu'à se mêler de ce qui le regardait) et je dois à la vérité historique de vous confier qu'un mouton préparé à la Marocaine par une Tunisienne est un véritable délice.

Grasdubide, les neurones un peu ankylosé par sa position inconfortable, commence à s'agiter à la fin du voyage en apercevant un écriteau "Annemasse" à travers les lunettes de Laetitia. "Nous sommes arrivés ?", interroge-t-il, pointant sa carte d'inspecteur de la P.J. et le faisceau d'une lampe de 200 W en plein dans les yeux du contrôleur. Effaré, celui-ci répond enfin sous la torture du spot "Non-non, M'sieur l'inspecteur, ici c'est le quartier du Perrier, les bars à champagne, c'est plus loin… et c'est "Annemasse" en un mot, pas en deux…". Tranquillisé, Grasdubide va s'installer dans le décolleté de Pénélope Cruz, tout de même nettement plus confortable que la narine où il se trouvait jusqu'ici.

Tût-tût fait semblant de dormir à points fermés. Discrètement, elle ouvre un œil malicieux et une parenthèse par la même occasion. "On approche d'un tunnel… que va-t-il se passer ? que va-t-il encore inventer ?", se demande-t-elle. Elle sourit dans son for intérieur qu'elle a ma foi fort joli (et je ne vous dirai rien de son for extérieur qui est jalousement gardé par son anonymat déclaré, mais que j'imagine fort joli aussi), commentant dans un aparté absolu de finesse "Que ferait-il sans mon aide ? Hein !? Que ferait-il ?". Eh bien moi, je vous le révèle en trois points: 1) j'appuierais sur la touche F1, puis 2) je crierais "Help!" à la window et enfin 3) j'irais voir dans son magazine People si Paul McCartney a quelque chose d'ancien à chanter de façon nouvelle.  Vous me suivez ? Non ? Eh bien tant pis. Oui ? Eh bien tant mieux. Maintenant, public majeur et néanmoins peu averti, retiens ta respiration, car nous approchons du fameux tunnel.

C'est un tunnel standard, semblable à tous les tunnels construits depuis la nuit des temps, avec une entrée plantée de vignes dont une des feuilles fait office de cache-tunnel, des parois lisses et humides prêtes à engloutir toutes les caméras de Hitchcock, Resnais, Truffaut, Godard ou Spielberg & Associates – comment ? vous n'avez jamais remarqué cette éloquente symbolique qui consiste à montrer un tunnel s'ouvrant à une locomotive ? ah oui, bien sûr… je comprends… on dit un tunnel et une locomotive… cela fausse votre perception du sens réel des histoires… il eut fallu, pour vous simplifier la comprenette, qu'il s'agisse d'une tunelle en dentelles et d'un locomoteur… enfin, bref… je vous explique. Vous avez une scène qui se passe dans le wagon-restaurant de l'Orient Express ou dans un compartiment 2ème classe des CFF sous surveillance vidéo. Il y a une dame qui se pâme et un monsieur qui s'épanche ou se penche. La dame soupire un truc du genre "Ah !? Jules !? Que ne me l'avez-vous dit plus tôt ? Par exemple lors de l'arrêt buffet à Shandrinagare (ou à Bümplitz) ? Lorsque je n'étais point encore fiancée à Lord Porridge (ou à Fritz) ? Mon ami, mon ami, je sens que je vais dérailler…". A ce moment précis, le Jules en question prend la dame dans ses bras, ses lèvres s'approchent des lèvres de la dame, sa main droite déboutonne fiévreusement un kilomètre du corsage de la dame (si la scène se passe dans l'Orient Express) ou tire sur le zip de son T-shirt (si c'est dans un wagon CFF), sa main gauche cherche le signal d'alarme s'il a un minimum de bon sens (ou une autre pièce de vêtement s'il en est totalement dépouvu – rah! dépourvu de bon sens, pas de vêtement, abrutis !), les lèvres de la dame et du monsieur sont à l'avant-veille du moment qui marque l'instant crucial où elles vont se toucher… et…. et… et…? changement de plan… travelling avant sur l'entrée du tunnel, plan fixe d'un réalisme saisissant sur l'avant de la locomotive lancée à toute vitesse (rassurez-vous, la caméra est assurée par la Lloyd's à Londres), plans latéraux et même par hélicoptère du train pénétrant dans le tunnel, bruitages rythmés du style "tchouf-tchouf-tchouf-tchouf-tchouf", musique inspirée de "Le train sifflera trois fois" ponctuée de sifflements réels à la "huuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhuhuhuuuuuuuuuuuu… huuuuuuuuu!!!"… vous avez compris ? Faut-il encore que je vous fasse un dessin ? Bon… pour celles et ceux qui, malgré cet effort pédagogique d'une grande clarté n'auraient pas encore saisi le sens profond et extraordinairement évocateur de l'image du tunnel engloutissant la locomotive, complétons par un pudique descriptif de la scène suivante: la dame remet un peu d'ordre dans ses cheveux et vérifie le bon fonctionnement de ses dessous en pleurnichant "Que vais-je devenir si Lord Porridge (ou Fritz) apprend que…", pendant que le monsieur remet ses pantalons et affiche l'air satisfait de Napoléon après le couronnement de Joséphine. En d'autres termes, la dame et le monsieur ont contrevenu aux règles de la bienséance en s'envoyant en l'air dans un train.

Je dois à la vérité de dire que c'est grâce à l'aide inespérée de ma délicieuse amie Tût-tût que j'ai pu ainsi compléter les cours d'éducation sexuelle que vous avez séchés pour aller fracturer des troncs d'église. "Tût-tût, ma délicieuse amie, je peux dès lors vous délier de tous vos engagements et vous inciter à suivre les yeux grands ouverts la suite de ce récit captivant, car ainsi que l'avez finement noté, nous approchons du tunnel…".

La scène en bref: Gradubide se love dans le décoletté de Pénélope Cruz (quel veinard, entre nous soit dit !), un contrôleur arme son poinçon, une contrôleuse mâchouille un dernier morceau de mouton, les autres passagers ne se doutent toujours de rien, la Marocaine range le sel, la Tunisienne balaie le poivre et… et… et… elle provoque alors un tonitruant "Atchoum!" général.

"A vos souhaits!", fait un douanier suisse à son homologue français.

"Prosit!", répond le douanier français tout frais débarqué de son Alsace natale. "Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ?", poursuit-il sur sa lancée. Le douanier suisse se gratte les rares cheveux qu'il a la coquetterie d'élever sous son képi et annonce, superbe et très content de cette brillante initiative "Ben on va contrôôôler les marchandises...". Perplexe et un peu long à la détente, le douanier alsacien rétoque cependant "Lesquelles ? Celles qui sortent du territoire français ou celles qui rentrent sur le territoire suisse ?". L'auteur de ces lignes en est là quand une jeune femme qu'il imagine un poil rouquine, généreuse de toute sa personne, drôlatique et volubile, rigolote et juste un rien excentrique ou excentrée arrive en brandissant un Toblerone géant et réveille derechef tout ce petit monde avec un "Ho hé ho!! ça roupille ici??". Tût-tût, à présent tout à fait réveillée, fantasme quant à elle sur la tenue des missionnaires de la Cité de Calvin, s'évoquant pour elle-même et son usage strictement privé un trio de pères tout nus sous leur ample tenue amidonnée de calvinistes orthodoxes l'attendant sur les rebords de la corne à vin. Dans son imagination débordante, ils lui chantent même un Tût Deum de bienvenue. Elle se laisse entraîner par son rêve… "Ave Roupie!", s'écrie le premier calviniste en la voyant. Il est chargé de la quête. Tût-tût fait une drôle de tête. "Déjà qu'il est pas facile de convertir des eurotes en francs genevois, s'il faut se mettre aux roupies...", se dit-elle en cherchant désespérément la calculette chèrement acquise avec sa SuperCard Coop et qu'elle a soigneusement emballée dans une paire de chaussettes militaires tricotées par sa grand-mère pour son grand-père à l'époque de la Mob, "... ben on est pas sortis de la crise !". Le douanier français, remarquant les imperceptibles mouvements de ses lèvres pendant qu'elle maugrée, lui demande fort à propos "Vous avez quelque chose à déclarer, vous ? oui, vous mademoiselle ? Je vois bien que vous dissimulez quelque chose dans vos chaussettes militaires...". Son collègue suisse rapplique aussitôt. "Ah pardon, mon cher confrère ! Nous sommes sur territoire suisse, à présent ! C'est à moi qu'il appartient d'interroger la suspecte !", lui fait-il observer. Tût-tût en est comme deux ronds de flan. "Moi ? Suspecte ? Et suspecte de quoi, je vous prie ?", s'emporte-t-elle.

"Vous avez adopté une gestuelle labiale qui indiquait clairement une volonté manifeste de déclarer quelque chose…", lui rétorque le douanier français, très content de prouver ainsi qu'il avait étudié Desmond Morris parallèlement au Grand Manuel des Douanes Françaises (Edition 1918, augmentée de l'Alsace-Lorraine). "Bien sûr!", lui répond Tût-tût du tac au tac et du tic au toc, "… je me déclarais à moi-même que s'il fallait convertir mes rares devises – j'en ai quelques-unes de La Rochefoucauld et même de Jean-Pierre Foucault  - en roupies, ben on serait pas très vite sortis du train, parce que je n'ai même pas un atome d'idée ce que peut valoir un shilling ou un quart de pence de roupie !". Le douanier suisse, très attentif à cette étrange situation, tranche net la question que personne n'avait posée d'ailleurs "C'est votre dernier mot, Mademoiselle ?". Tût-tût répondit par réflexe "Oui, c'est mon dernier mot et je ne veux pas l'avis du public: je suis ici incognito et je me demande d'ailleurs bien quand cet (la décence m'interdit de citer les adjectifs et les substantifs qui sont enfermés entre ces parenthèses…) de P. va me sortir de cette mouscaille !". Les deux douaniers se tournent alors vers moi, les sourcils courroucés, et me cinglent d'un "Alors, Monsieur ?" cinglant. J'en suis comme deux ronds de flan, qui – additionnés des deux ronds de flan précédemment pondus par Tût-tût – font quatre ronds de flan. Nous n'arriverons donc pas les mains vides au petit goûter auquel nous a entretemps fort courtoisement invités la jeune dame un poil rouquine – est-ce une vraie ou une fausse rousse, d'ailleurs ? l'avenir nous le dira sans doute -  citée plus haut. Je décide de faire diversion. "Messieurs, au nom d'une liberté qui nous est chère en France et encore plus chère ici en Suisse depuis l'introduction de la TVA, je puis vous déclarer ceci en mon propre nom et au nom de toute la communauté que je représente (la F.P.S.P.T.A.S*.): Mademoiselle ici présente a confondu "roupie" et "groupie" et, ainsi que vous pouvez le constater de visu, ses groupies attendent en effet sur le quai de la gare. Les Calvinistes, convertis au bouddhisme dans l'intervalle, chantent en effet "Hare Krishna! Hare Krishna!" à tût-tête et ont l'air très rigolo dans leurs robes safran empesées façon Jean Clavin. "Ah ben voilà l'erreur!", fait le douanier suisse plus perspicace que son homologue français: "Mademoiselle a pensé que ces messieurs mendiaient des roupies pour se payer leurs crispies au chocolat! Ils chantent "Hare Krishna!" et non pas "Ave Roupie!", d'où le quiproquoi!".

Un douanier qui constate une anomalie de visu, moi je vous le dis, ça vaut de l'or pour les caisses de la Banque Nationale Suisse et pour le Trésor français.

La scène qui suit est tellement sexe que je me demande si j'ose la publier ? Allez ! Un peu de courage, que diable ! Je me lance… Tût-tût assomme le doaunier français d'un "Vous ne l'emporterez pas au paradis !" et le douanier suisse d'un "… et vous non plus, même si croyez qu'il est fiscal !" et sur ce… sur ce… (c'est justement à partir de là que… je ne sais comment tourner mes mots… leur pouvoir suggestif est ahurissant pour les fétichistes du pied… ce qui englobe tous les fadas des chaussures, des escarpins, des mules à pompons, des tongs, des bottes…) d'un geste lent et calculé, extraordinairement étudié jusque dans le moindre détail du retourné de doigts de pieds, un geste d'une sensualité et d'une volupté telle que l'orcheste de bienvenue des Calvinistes fond comme une motte de beurre glissant avec lenteur sur le fond d'une poêle à rösti bernoise, elle chausse ses lunettes noires. pfou… ben dis donc… j'ai bien cru que je n'y arriverais jamais! "J'ai bien dit que j'exige l'anonymat le plus absolument absolu et que je suis ici parfaitement incognito, n'est-ce pas ?", me toise-t-elle. "Mais comment voulez-vous passer inaperçue avec vos lunettes noires ?", hasarde-je. Les femmes ont parfois des réponses d'une simplicité et d'une logique telle que même le plus rhétoricien des péripatéticiens est obligé de ranger son arsenal de syllogismes. "C'est bien simple, je vais là où je vais les yeux fermés…", j'ai réponse-à-tout-elle.

Il est impossible de discuter raisonnablement avec quelqu'une qui a toujours raison, aussi me contente-je de conclure par la question qui me brûle les lèvres depuis que Penelope Cruz se peint les siennes avec du vernis à ongles Miss. "Avez-vous pensé au… enfin aux… ?". Tût-tût fouille au fond de son magazine People. Surveillant discrètement la manœuvre, je vois qu'elle est en réalité en train de dépouiller Anna Nicole Smith de ses caleçons longs et de son bustier pare-balles. "Voilà!", me fait-elle triomphante, "… de la pure dentelle d'Illinois mélangée à du Point de Texas, le tout fermé par du cordage Guantanamo certifié d'origine, ravissant n'est-ce pas ?". Je suis effaré. "Hum… écoutez Tût-tût, je crois… enfin je pense… que c'est un peu osé ! Notre jeune amie est… une jeune femme moderne, certes, mais très comme il faut !". Tût-tût remballe le semblant de guêpière qu'elle avait fait apparaître comme par magie et sort une plaque de chocolat de son étui de brosse à dent de voyage. "Et ça !? Vous n'allez pas me dire que ça, c'est osé aussi ? Il est de notoriété publique qu'elle a-do-re le chocolat ! Et puis je l'ai fait fabriquer en Chine d'après une vieille recette que j'ai moi-même trouvée au Val-de-Travers, alors ne venez pas encore me dire que…" et, ce disant, elle me tend une plaque de chocolat emballée dans un fin papier à l'ancienne avec une gravure d'époque représentant Madame Manson faisant ses ablutions du soir et nantie de sa propre marque: Lady Tût-tût.

"Ah ben quand vous ne faites pas dans la dentelle, vous ne faites pas dans la dentelle, vous alors !", m'exclame-je admiratif.

Elle m'achève avec cette remarque finale: "Si je le fais fabriquer en Chine, c'est que ce chocolat est une nouveauté mondiale révolutionnaire, mon bon Monsieur P. Vous pouvez voir vous-même l'effet sur la dame de la gravure: comme on est supposé le manger avec des baguettes - et avec une seule baguette pour renforcer ses vertus intrinsèques - ce chocolat révolutionnaire est a-min-ci-ssant ! Oui Monsieur ! Je répète: a-min-ci-ssant !". Là, je suis franchement largué. 

 

J'en suis là de mon largage quand les douaniers, les contrôleurs (les contrôleuses aussi), les passagères et les passagers, l'orchestre de bienvenue sur le quai de la gare, les bagagistes, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, le Conseil fédéral dans son intégralité, la fille de ma concierge, les actrices et les acteurs d'Urgences, Jack Bauer, les Hypermarchés Leclerc et même Fogiel qui voudrait pourtant empêcher tout le monde de dormir se mettent à brailler "Mon bôôôôô Sapiiiiiiiiiiiiin!" et mettent mon blog en berne avant même la rue de Berne. Tût-tût en profite pour se déguiser en courant d'air, ce qui provoque inévitablement chez moi une bronchite carabinée.

Ah ben tiens ! Ne venez pas me dire que j'ai été trop flemmard pour pondre ne serait-ce qu'une seule ligne pendant les Fêtes ! Ah non ! J'ai été mis en congé de paternité littéraire à l'insu de mon plein gré, voilà pourquoi vous avez été privés de délires pendant toute cette longue - comment ? - très longue (j'en conviens) période des Fêtes.

Maintenant que les services de la Voirie sont passés, qu'il n'y a plus de Pères Noël partout, ni de bouteilles de Champomy (Fifille !) dans tous les coins, je peux enfin reprendre la plume... (il y a des jours où même moi j'arrive à être épaté par ma mauvaise foi...).

Tût-tût s'est déguisée en courant d'air au moment même où j'allais lui proposer une alliance commerciale (et sentimentale, cela va de soi, sinon à quoi rêveraient mes lectrices chéries, hein ? je vous le demande un peu…) qui aurait fait date dans l'histoire de l'agro-alimentaire. Vous n'aurez pas été sans observer qu'à un moment donné de ce récit palpitant (au point que plusieurs cardiologues se sont déjà proposés pour en être les sponsors officiels), elle et moi et réciproquement mais je ne me souviens plus dans quel ordre nous retrouvâmes comme deux ronds de flan. Donc et par conséquent, rien qu'à nous deux et malheureusement sans faire des choses follement agréables mais que la morale et l'Orchestre Symphonique de Calvin réprouvent, nous avons produit d'abord deux, puis encore deux ronds de flan. Imaginez donc, économistes en herbe, imaginez donc de façon exponentielle le nombre de ronds de flans qu'elle et moi pourrions dès lors produire ensemble et malheureusement sans faire des choses tellement agréables que nous risquerions d'en oublier les ronds de flan – et là, tiens là ! juste en ce moment même, oui-oui-oui ! au moment où vous lisez ces lignes et où elle les lit elle-même, elle en est, je vous l'assure, comme deux ronds de flan, ce qui prouve les potentialités incroyables de cette méthode: car nous serions donc également en mesure d'en produire séparément et donc à l'abri de toutes les choses extraordinairement agréables auxquelles les membres de l'Orchestre Symphonique de Calvin ne pensent pas quand ils font "pouët! pouët!". Imaginez encore… Paris-Genève et retour en TGV à raison de X ronds de flan à l'heure, cela ferait Y boîtes de ronds de flan à stocker dans un wagon supplémentaire, livrées le jour même à Paris et à Genève, dispatchée ensuite par palettes entières à destination de Roissy et de Cointrin, puis de là dans le monde entier… "Tût-tût, ma délicieuse et merveilleuse Tût-tût… relisez donc …"Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait…". Nous sommes riches à millions ! Voulez-vous m'épouser ? pfff… pfff… n'écoutez donc pas ma Fifille… je la connais… elle va encore faire du mauvais esprit accompagné d'une remarque vipérine genre "Tout ça, c'est du flan…" alors que je vous propose le Mariage de raison du Siècle: vous et moi pouvons créer un empire de ronds de flan ! Napoléon et Joséphine aux oubliettes ! Quoi ? Des noces à Waterloo Station plutôt qu'à la Gare de Lyon ? Mais vous n'y pensez pas ! Ouais bon d'accord, c'est pas mieux au Pont de l'Alma… Enfin… réfléchissez-y quand même…" C'est donc à ce moment précis, au moment où je lui enjoins de réfléchir à cette question gravissime engageant les futurs desserts de l'Humanité entière que Tût-tût s'évanouit. D'émotion, me direz-vous, c'est bien possible, ma foi… toujours est-il que je supporte très mal les courants d'air et que, du coup, j'attrape une bronchite – je me répète ? – qui, au lieu de mettre en péril de chiffre d'affaires de Nestlé, notre principal concurrent dans le secteur de l'agro-alimentaire, engraisse les actionnaires de Novartis. Oui Madame, ma bronchite a engraissé les actionnaires de Novartis, je persiste et signe. Comment ça ? Parce qu'elle était accompagnée d'une toux grasse, voilà. Oh et puis ça suffit ! Je ne vais pas vous raconter ma vie !

Ce qui me ramène à la réalité, c'est la vue d'un Q-tip qui s'agite entre les doigts de pieds de Madonna prenant le soleil sur une plage de Malibu farouchement gardée par Pamela Anderson (prendre à gauche en sortant de la bretelle d'autoroute qui fait partie de la ceinture autoroutière, puis tout droit). Grasdubide s'extrait d'une sorte de pelure d'orange fort ajustée, ouvre des yeux ahuris et me lance "Alors c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?". Ne sachant à vrai dire pas trop que répondre, je hasarde un "… pour demain" afin de gagner du temps.
 
(A suivre...)

Les z'archives incomplètes... (3)

 

Chapitre 3

Les freins du TGV couinent, faisant crisser les roues sur le gravier du ballast et la rame s'arrête pile poil à la hauteur des Douanes helvéto-genevoises justement dénoncées par Arnaud Montebourg pour leur laxisme en matière de fuite de capitaux et de tourisme fiscal. Les plus réveillés d'entre vous auront noté qu'il est rare de voir un TGV arrivant dans une gare en dérapage contrôlé, mais n'oublions pas que nous allons prochainement rejoindre les Experts. Non mais vous avez vu, enfin lu ou entendu ? Montebourg, le jeune Apollon de la mère Ségolène (pardonnez-moi Mesdames et Mesdemoiselles, mais à partir du moment où une meuf s'institutionnalise et se prend trop au sérieux, elle a tendance à me faire ch… grave de chez Grave, et tout le monde n'a pas l'intelligence vive et le charme doux de Micheline Calmy-Rey ou l'intelligence froide et le charme glacé de Hillary Clinton, pour ne citer que deux de mes vraies héroïnes préférées) remonte les bretelles à un chanteur belge qui veut venir chanter "Que je t'êêêêême !!!" à Gstaad ? Ah putain, ça promet ! Pendant que Chirac promet rien moins que 13% d'impôts en moins aux grandes sociétés pour les faire rester dans l'Hexagone, l'autre petit con – oui, j'ai bien écrit "petit con" – donne des leçons de fiscalité aux Suisses. On devrait l'inviter à goûter aux joies des impôts communaux, cantonaux et fédéraux avec un zeste de T.V.A. pour faire glisser le tout. Petit con ! N'importe quel rescapé du socialisme devrait comprendre qu'un tel langage est une préparation stratégique pour que la reine de Hollande puisse, le moment venu, s'inviter chez PPD et expliquer, le regard grave et la voix chevrotante, "Françaises, Français, le moment est venu de trépaner votre portefeuille… En effet, l'I.S.F. (Impôt sur les "grandes" Fortunes, pour les Nuls…) auquel Laurent Fabius s'est si habilement soustrait ne suffit plus à maintenir mon train de vie, il vous faut donc d'ores et déjà prévoir une augmentation de l'impôt sur le revenu (tous R.M.I.'s confondus), une majoration de la T.V.A. sur les produits de première nécessité tels que la baguette, la boîte de lait en poudre et le kil de rouge, ainsi que deux ou trois autres petits ajustements fiscaux sur les tentes des S.D.F. En revanche, je pense réduire la semaine hebdomadaire de travail à 30 heures afin que vous ayez plus de temps pour penser aux impôts sur les heures supplémentaires. Chacune et chacun comprendra que le retour en force de la Gauche-caviar au Pouvoir entraîne notamment une augmentation notable des frais de représentation - savez-vous par exemple combien coûte aujourd'hui le prix de livraison d'une caisse de champagne et que les compagnies de taxis inféodées à la Droite n'accordent pas de rabais de quantité entre l'Elysée et Matignon ? – bref, cette nouvelle donne va entraîner de nombreux et inévitables frais pour nos surprises-parties entre copains. Par ailleurs, vous avez maintenant cinq longues années pour réaliser que dans "Ségolène" il y a "égo" et dans "Royal" il y a "royal", hé tondus !". En coulisses, le petit Arnaud éjacule sur place de bonheur. Ce discours musclé et vigoureux nous permet de passer la douane sans problème et Gradubide enfourche son vélo, le Q-tip entre les dents, et fonce direction la rue de Berne. Moi ? Ben moi j'y vais à pied, descendant la rue des Alpes (c'est quand même vachement moins fatigant que la remonter…) et obliquant à gauche aux feux. Dès l'abord et de part de part et d'autre et de chaque côté, il y a plein de dames qui attendent l'autobus. J'ai beaucoup d'affection pour les dames qui attendent l'autobus. Les Transports Publics genevois aussi, car ils ont engagé plein de contrôleurs pour contrôler qu'elles ont le ticket.

Garçon bien élevé et poli, j'ai appris à dire "Bonjour Madame, merci Madame, au revoir Madame" depuis ma plus tendre enfance. Il me faut donc être à la hauteur de mon épouvantable réputation et vous confier que cela prend une véritable éternité pour arriver à l'autre bout de la rue de Berne où je découvre le vélo de Gradubide cadenassé devant le Bureau des Experts. Les esprits chafouins me feront sans doute observer qu'il n'y a pas de Bureau des Experts à la rue de Berne, à quoi je leur répondrai sobrement que n'importe quelle excuse est bonne dans ce genre de cas. Une éternité plus tard, donc (cela prend un temps inouï et considérable de dire "Bonjour Madame, merci Madame, au revoir Madame" à toutes les dames qui attendent l'autobus à la rue de Berne…), je grimpe quatre à quatre les escalators qui mènent au sommet du building en verre blindé transparent qui abrite les officines de nos experts chéris. Maintenant, ââââââttention ! Car il y a plusieurs experts principaux et des experts secondaires. Je ne me souviens pas des noms, mais une brève descritption vous permettra de les reconnaître sans la moindre trace d'ADN.

Il y a un barbu un poil enveloppé qui souffre de quelques petites manies et d'une psycho-rigidité essentielle pour observer la copulation des mouches tsé-tsé sur les cadavres afro-américains. Il est marrant, surtout quand il donne des conseils aux petites jeunes, notamment à la belle brune qui a ostensiblement des problèmes du côté de la libido ou à la belle blonde qui a visiblement de la peine à retenir sa colère quand l'un ou l'autre malfrat chope le vertige devant son décolleté. Ah dis donc ! Pourtant… L'ai-je assez dit et répété ? Le cerveau reptilien du mâle lambda fait "Glaoups!" quand les globes oculaires qui le relient au monde extérieur sont confrontés à une paire de miches pareilles. Ben chez les Experts, c'est interdit de zyeuter. Paf! Sinon, t'es à l'amende tout de suite !

Il y a un rouquin hâbleur et détenteur de tous les droits que confère la Constitution étasunienne, notamment celui d'asseoir les vilains suspects sur une chaise électrique. Ah putain qu'il est fatigant celui-là, avec ses cours de morale à la gomme !

Enfin - je garde mon préféré pour la fin - il y a le mec qui jouait le rôle du lieutenant cul-de-jatte de Forrest Gump. Ben il était drôlement plus sympa dans ce rôle-là que dans celui d'un expert qui est sans cesse en train d'expliquer pourquoi les criminels n'ont aucune chance aux Zétasunis.

Ah et puis dis donc, il y a aussi une autre série – c'est des moitiés d'Experts, parce qu'ils  comptent plus sur leurs muscles, leurs balles blindées et d'éventuels séjours à Guantanomo que sur les microscopes pour démontrer la vilaineté des vilains terroristes – vous voyez laquelle ? NCIS, c'est ça. J'y reviendrai plus tard. J'ai des copines, elles fondent autour de leur propre string quand elles croisent le regard gris inoxydable du héros ! Mazette ! "Semper fi!", je vous dis que ça marche fort, avec les gonzesses ! Oui-oui-oui, promis ! Pour le dessert !

On revient au barbu méthodique et labo-maniaque. Gradubide est justement en train d'agiter le Q-tip sous son nez. Il chausse ses lunettes, enfile trois paires de gants en latex, prend une paire de pinces, dépose le corpus delicti (le Q-tip pour ceusses et celles qui n'ont pas fait des études de criminologie en latin) dans un préservatif au goût fraise-vanille et enfile le tout dans un scanner qui ne peut retenir un "ho ! vous pourriez avertir ou au moins mettre de la vaseline, avant de…". La blonde en a les tétons qui explosent le millimètre inférieur de la couture de son T-shirt et Gradubide éprouve manifestement une immense difficulté à paralyser les muscles de ses globes oculaires. Moi, moins gêné, je fais "C'est à vous, tout ça ?" et la blonde me foudroie du regard tellement fort que je suis obligé de faire une pause jusqu'à demain au moins.

Le barbu déchausse ses lunettes, enlève leurs chaussettes et pose la monture au bout de son nez. Il regarde par-dessus la monture, exactement comme le voisin de Pamela Anderson regarde par-dessus la haie qui donne sur la piscine.

"C'est une empreinte de talon de femme !", assène-t-il d'une voix qui ne souffre aucune objection. Gradubide fait la tronche de celui qui aurait relevé l'empreinte après le passage des éléphants du cirque Knie. "Oui, mais encore ?", hasarde-t-il…

"La femme qui portait la chaussure prolongée de ce talon mesure un mètre soixante-huit, pèse cinquante-six kilos, chausse du 38, a des mensurations qui me couperaient le souffle si ma subordonnée blonde n'était pas en train de me scruter d'un œil scrutateur, danse la valse à Vienne et la java à Paris, elle a eu un accident de ski en 1967, elle porte des bas à couture de marque DAM, mange régulièrement du caviar, boit immodérément du champagne et c'est un coup fabuleux…", précise le barbu sans se faire prier et heureux de briller en société.

"Des grolles pareilles, ça doit lui faire un pétard d'enfer…", ne peut s'empêcher de rêvasser Gradubide. Voulant faire son intéressante, c'est le moment que choisit la blonde pour intervenir professionnellement. "Un pétard ? .45 ACP ou 9 mm ?", s'enquiert-elle. "15 cm, je dirais… 15 bons centimètres même…", complète le barbu. "15 cm !?", s'effraie la blonde, "mais elle ne peut pas se balader en pleine ville avec un canon de marine !". Le barbu la corrige. "Je parlais des talons."

Après, tout se complique, parce que plusieurs nouveaux personnages entrent en scène, c'est à dire dans le champ de la caméra et à portée de micro. D'abord la meuf brune qui a manifestement des problèmes de libido et des vues sur le petit chef barbu. Il y a des femmes, dès qu'on les voit (la blonde, par exemple, si elle souriait un peu plus, si elle n'avait pas des yeux Colt 45 et si sa gaine n'était pas aussi visible sous ses pantalons moulants) on a envie de leur faire des politesses tout de suite, sans nécessairement vouloir repeupler la planète. Avec un "Ah toi, je te veux !", on les jetterait sauvagement sur le premier lit venu, on ferait sauter leur décoletté au C4, on leur arracherait les pantalons à coups de grenades, on les écartèlerait et avec un "Han!" de bûcheron on leur… (faites pas attention, c'est pour rester dans l'ambiance et pour le cas où elle me lirait afin de garder toutes mes chances… parce qu'elle… les fleurs, j'ai pas l'impression que… Oui Madame, vous avez raison… il y a des enfants qui me lisent, je n'insisterai donc pas…). Ben la brune, elle a l'air tellement névrosé qu'on a qu'une seule envie: la jeter sur le canapé d'un psy. Elle a écouté le barbu qu'elle aime en grand secret, les yeux pensifs et tristes braqués sur le Q-tip, et dans un murmure, elle soupire… "seulement 15 centimètres…". Son chef, devinant l'au-delà du fond de sa pensée, rajuste ses lunettes, prend une grande inspiration et cite un quelconque penseur chinois, genre "Court est le javelot quand le guerrier claudique sur la Grande Muraille…". Piquée au vif par cette remarque ma foi fort judicieuse quand on y pense en long en large et en travers, elle se reprend et, gênée, lâche un "Cela n'avait rien de personnel…" tout en laissant la caméra filmer en gros plan sa poitrine (décolettée elle aussi) qui monte et descend nerveusement le long de ses bonnets. "Vous avez besoin de vacances…", lui fait observer son supérieur hiérarchique (il lui fait observer ça dans pratiquement tous les épisodes et m'est avis qu'il sait pas comment s'y prendre pour lui proposer un week-end à deux en Floride).

Ensuite, la caméra se tourne vers un grand Suédois qui porte une coiffure afro et s'est bronzé le teint avec un mélange d'huile d'olives noires et de Coca-Cola (ou de Pepsi, paraît que ça marche aussi). Ce garçon a toujours l'air profondément déprimé ou mécontent. Ses beaux yeux bleus expriment toute l'insatisfaction des Suédois frustrés de n'avoir pas la peau bronzée d'origine et les cheveux naturellement crépus. De l'air excédé de l'éternel incompris dont on n'écoute jamais les avis, il propose cependant "Je vais voir si on a quelque chose d'autre dans nos fichiers". Il va alors retrouver une sorte de rat de laboratoire coiffé à la dynamite qui lui file les derniers tuyaux pour jouer aux courses. En y allant, il croise un superbeau gosse qui cumule plusieurs rôles dans la série. On le reconnaît essentiellement à sa parfaite dentition, parce que pour ce qui est du rest